Pourquoi l’électricité n’est pas moins chère en été alors que la production solaire est importante ?
Chaque été, les toits s’illuminent de panneaux solaires et la production d’électricité issue du photovoltaïque atteint des records. Pourtant, sur les factures d’électricité, le consommateur ne voit pas de baisse notable des prix. Comment expliquer ce paradoxe ? Plusieurs facteurs économiques, techniques et réglementaires entrent en jeu.
1. Le prix de l’électricité ne dépend pas uniquement de la production solaire
Le coût de l’électricité n’est pas fixé par une simple addition des différentes sources d’énergie. Sur les marchés européens, c’est le principe du « prix marginal » qui domine : le tarif de gros est déterminé par la dernière centrale appelée pour répondre à la demande. Or, même en été, lorsque le solaire est abondant, il faut souvent compléter la production par des centrales à gaz ou à charbon. Ce sont ces moyens de production plus coûteux qui fixent le prix final, et non les panneaux solaires.
2. La demande reste élevée, même en été
On pourrait croire que la consommation d’électricité baisse durant la belle saison. En réalité, dans de nombreux pays, les climatisations et systèmes de refroidissement font grimper la demande lors des vagues de chaleur. Cette consommation estivale importante empêche une baisse généralisée des prix.
3. Les limites du réseau électrique
Le solaire produit surtout en journée, mais la demande atteint souvent son maximum en soirée, quand le soleil est déjà couché. Faute de capacités de stockage massives (batteries, stations de transfert d’énergie par pompage, hydrogène, etc.), une partie de l’énergie solaire excédentaire ne peut pas être utilisée. Cette inadéquation entre production et consommation réduit l’effet potentiel du solaire sur les prix.
4. Les coûts fixes du système énergétique
Même si le soleil fournit une électricité « gratuite » une fois les panneaux installés, le système électrique repose sur des infrastructures lourdes :
- entretien du réseau de transport et de distribution,
- rémunération des centrales pilotables (nucléaire, gaz, hydraulique),
- taxes et contributions diverses.
Ces coûts fixes ne disparaissent pas avec l’ensoleillement et représentent une grande part de la facture finale des ménages.
5. Le rôle du marché européen de l’énergie
Les pays européens sont interconnectés. Cela signifie qu’une surproduction solaire dans un pays peut être exportée ailleurs, et inversement. Les prix reflètent donc un équilibre continental et pas uniquement la situation locale. Ainsi, même si la production solaire nationale est forte, les prix restent influencés par le coût des énergies fossiles importées ou par la demande dans d’autres régions.
Conclusion
L’abondance du solaire en été ne suffit pas à faire chuter les prix de l’électricité pour le consommateur final. Entre le fonctionnement des marchés, la persistance de coûts fixes, la demande soutenue en période de chaleur et l’absence de stockage à grande échelle, le système énergétique reste dépendant de sources plus coûteuses.
À long terme, l’essor du stockage, la modernisation du réseau et une plus grande intégration des renouvelables pourraient changer la donne et rendre l’électricité réellement moins chère pendant les périodes d’abondance solaire.
